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Un amour infini né du sacrifice

Nous sommes à la fin de l'été 1948. Alois Kolarik se promène dans les rues d'Innsbruck, en Autriche, venant d'échapper de justesse à la Tchécoslovaquie occupée par les communistes. Il est fatigué et incertain quant à son avenir. En levant les yeux, il voit une jeune femme qui regarde dans une vitrine de magasin. Elle a un certain je ne sais quoi, alors il lui fait ses salutations. À sa grande surprise, elle lui répond en tchèque.

Cette femme est Anezka Kanova Buranova et elle est tout aussi surprise qu'Alois d'entendre sa langue maternelle. Dans la rue, submergés par les émotions, ils pleurent en s'étreignant. C'est le début d'un amour qui durera toute une vie.

Portraits en noir et blanc d'une femme aux cheveux foncés et d'un homme portant une cravate

Gauche : Anezka Kanova Buranova, 1949.
Droit : Alois Kolarik, 1949.
Collection privée

Anezka et Alois ont été réunis par un voyage dont la route sinueuse était faite d'endurance, de foi et de sacrifice. Leur incroyable histoire a été documentée par leur fille, Pauline Williams, et a été ajoutée à la collection du Musée.

Photographie en noir et blanc d'un homme portant un long manteau. Il est appuyé contre un avion

Alois au Terrain d'Aviation Bata dans Otrokovice, 1946.
Collection privée

L'histoire de Pauline commence ainsi : « Alois Kolarik est né le 23 août 1919 dans le petit village de Pozlovice, en Tchécoslovaquie centrale. » Au début de sa vingtaine, alors que la Seconde Guerre mondiale venait tout juste d'éclater, Alois commençait une carrière au restaurant Vedouci, situé sur le terrain d'aviation d'Otrokovice. Alois y a travaillé pendant toute la guerre et y a servi des centaines de clients allemands chaque jour. Comme il était aussi pilote, il donnait un coup de main avec la circulation aérienne et le transport.

Pauline a écrit que la guerre s'est terminée en 1945, mais qu'en Tchécoslovaquie occupée par les Russes, «les communistes ont pris le contrôle du pays en entier ». Pour qu'Alois puisse garder son emploi, on lui a ordonné de devenir membre du parti communiste. Il a refusé et Pauline a écrit que son père a été « arrêté et emmené à la police militaire de la prison de la Gestapo Uherske Hradist, au sud de Zlin ». Alois a été emprisonné pendant 6 mois, puis des amis de la famille ont embauché un avocat pour blanchir son nom. Il n'a pu ravoir son emploi.

Après ces événements, Alois en est venu à la difficile conclusion qu'il devait quitter son pays bien-aimé, et a commencé à planifier son évasion. En compagnie de son bon ami Josef Janecek, Alois a communiqué avec le mouvement clandestin, puis payé 42 000 couronnes tchèques afin d'ouvrir une route. Pauline écrit que l'itinéraire comprenait des instructions indiquant de rencontrer un homme ayant un « un long mouchoir accroché à sa poche de manteau ». Cet homme serait à une station située près de la frontière autrichienne. L'homme a conduit Alois et Josef à travers la forêt, jusqu'à l'endroit où le Danube touche à la frontière de l'Autriche et de la Slovaquie.

Pauline explique qu'« Alois n'avait jamais pensé qu'il aurait à nager pour s'échapper... il ne savait pas nager ». Alois ne pouvait plus faire marche arrière, alors il a placé sa valise de cuir sur ses épaules et il a commencé à traverser. Pris dans les courants, priant pour qu'on le guide, ses pieds glissaient sur les roches. C'était le 23 août 1948, le jour de son 29e anniversaire. Dès lors, ce serait aussi le jour où il aurait secrètement disparu de Tchécoslovaquie pour émerger en Autriche par le Danube. Alois et Josef ont pris le train jusqu'à Innsbruck tout en évitant les postes de contrôle russes qui se trouvaient sur leur route. Pauline écrit que « c'était leur premier pas de liberté ». Ce n'est que quelques jours plus tard qu'il a rencontré sa Anezka près de la vitrine d'un magasin.

Une photographie en noir et blanc d'une femme portant une jupe à fleurs et un fichu. Elle est debout, près d'un vélo

Anezka, 12 ans.
Collection privée

La route qui a conduit Anezka jusqu'à Alois a été tout aussi traumatisante. Pauline explique que sa mère était « une femme franche et forte, et ses croyances animaient son désir d'échapper à sa vie terrible ». Anezka venait tout juste de divorcer avec son ex-mari, un officier allemand. Grâce à l'aide de sa famille, elle élevait l'enfant issu de ce mariage. Comme elle était membre du Parti national socialiste tchèque, Anezka savait qu'elle était une cible et lorsque la police militaire est venue frapper à sa porte pendant la nuit pour l'arrêter, c'est la panique pure qui a guidé ses actions.

Pauline explique de quelle façon Anezka, « avec l'adrénaline dans le sang », a réussi à s'échapper par la fenêtre de la salle de bain, pour ensuite courir jusqu'à la porte voisine. Par chance, il s'agissait d'un bureau de gardes-frontières dont plusieurs étaient ses amis. Quelques minutes plus tard, elle était sur la motocyclette d'un officier et filait vers la frontière autrichienne. Elle a pu traverser sans encombre grâce à l'uniforme de l'officier qui leur a permis de contourner les postes de contrôle habituels. Anezka a communiqué avec des collègues qui étaient dans le mouvement de la résistance tchèque et elle a pu se rendre jusqu'à Innsbruck avec leur aide.

Comme elle avait quelques minutes pour souffler, Anezka a appelé sa famille qui était toujours en Tchécoslovaquie pour prendre des nouvelles de son enfant. C'était très risqué. À l'époque, une personne qui s'était échappée et qui communiquait avec quiconque pouvait se retrouver en prison ou pire encore. Anezka avait cependant besoin d'avoir la conscience tranquille. Pauline écrit qu'Anezka a été tourmentée par ses choix. Elle explique que « ces durs souvenirs l'ont hantée. Cette époque a transformé la vie de tellement de gens et de familles. Les arbres généalogiques ont changé pour toujours. »

Grâce à l'aide et au soutien du Programme international pour les réfugiés et de la Croix-Rouge, Alois et Anezka étaient maintenant sur la bonne voie pour pouvoir immigrer vers l'un des pays qui avaient ouvert ses portes. Parmi ces pays se trouvait le Canada. Alois et Anezka sont montés à bord du T.S.S. Nea Hellas à Neopol, le 14 avril 1949. Ils sont arrivés au Quai 21 d'Halifax, en Nouvelle-Écosse, 9 jours plus tard. Pauline écrit : « Imaginez la volonté et la ténacité dont ils ont fait preuve pour quitter leur cher pays et leur famille. Ils ne parlaient pas la langue, ils ne possédaient presque rien et ils avaient peu d'argent. Tout ce qu'ils avaient c'était un puissant désir de commencer une nouvelle vie faite de liberté et le courage de venir jusqu'au Canada à bord d'un bateau fait de rêve. »

Lorsqu'ils sont arrivés, Alois est allé à Perth et Anezka à Ottawa. Bien qu'ils aient été séparés pendant quelque temps, un lien incassable avait été créé. Alois a immédiatement commencé à travailler et à économiser de l'argent avec comme seul objectif de faire venir Anezka jusqu'à lui. Quelques mois plus tard, ils ont été réunis et se sont mariés.

La ville ontarienne de Perth était maintenant leur nouvelle demeure et ils y ont gagné le respect et la gratitude pour leur dur labeur. Anezka, qui était connue dans la communauté sous le nom d'Agnes, a démarré une boulangerie et une entreprise de services de traiteur. Elle est reconnue pour ses magnifiques gâteaux et ses autres créations culinaires. Pauline dit « son souvenir reste chez de nombreuses familles et générations grâce à ses incroyables œuvres d'art ». Alois, connu sous le nom d'Al, a commencé à travailler pour Perkins Motors, où il est resté pendant 41 ans. Agnes et Al ont eu trois filles, et une petite-fille, qui sont toutes devenues membres de la Gendarmerie royale du Canada.

Une femme portant une robe rose sourit près d'un gâteau à trois étages qui est décoré de façon élaborée

Agnes près de l'un de ses gâteaux de mariage, 1985.
Collection privée

Agnes and Al ont été mariés pendant 58 ans. Le lien qui s'est formé entre eux dans les rues d'Innsbruck lors de cette journée fatidique n'a jamais faibli. Agnes est décédée en 2007 et Al est allé la rejoindre quatre ans plus tard. Ils ont laissé dernière eux leur désir de bâtir un monde meilleur et pour Pauline et ses sœurs, et leurs aventures animées de « courage, bravoure, sacrifice et douleur n'ont pas été en vain. »

Un couple âgé assis sur un banc de parc. Ils se tiennent les mains et portent tous les deux une boutonnière

Alois etAnezka, 1993.
Collection privée

Notre site Web renferme plus d'informations concernant l'histoire de l'incroyable quête de liberté des parents de Pauline Williams >