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En route vers l’Ouest! La fondation d’une nation grâce à des wagons de colons

Vous arrivez au Quai 21 d’Halifax, au Canada, après avoir passé une semaine à traverser l’océan. Vous avez peut-être plusieurs enfants avec vous, ou vous êtes jeune et totalement seul. Il est aussi possible que vous soyez une nouvelle mariée qui n’a pas vu son époux depuis ce qui vous semble être une éternité. Vous débarquez du navire, épuisé et malade à cause de votre voyage en mer, mais ce n’était que la première étape. Vous montez à bord d’un train et vous vous préparez pour ce qui semble être un autre interminable périple par rail dans la contrée canadienne. C’est l’expérience qu’ont vécue des milliers d’immigrants qui sont allés faire leurs débuts dans l’ouest du Canada à bord d’une voiture de colons.

Faisant leur apparition dans les années 1880, les wagons de colons étaient une solution à l’incroyable quantité d’immigrants qui débarquaient dans les ports de l’Est et qui voulaient s’installer dans l’Ouest. Les premières voitures de colons étaient des wagons couverts pour le grain, transformés afin de pouvoir accueillir des passagers à l’aide de bancs en bois. Les wagons de colons sont par la suite devenus plus spécialisés grâce à l’ajout de couchettes et d’équipements de cuisine. Qu’il soit fait à bord d’un wagon couvert lacunaire ou d’un wagon amélioré, le voyage à travers les étendues canadiennes était difficile et donnait un premier aperçu impressionnant de l’immensité du panorama canadien. Les histoires qui ont été partagées avec le Musée par ceux qui ont personnellement fait l’expérience des wagons de colons illustrent toute la gamme d’émotion que ce voyage pouvait produire, de la joie à la tristesse, en passant par la frustration et la peur.

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Robbie Waisman« Tant d’espace, mais pas de place. » Robbie Waisman, orphelin juif du temps de la guerre et survivant de l’holocauste, n’avait que 17 ans lorsqu’il est arrivé à Halifax en décembre 1948. Espérant pouvoir se rendre à Montréal où il pourrait mettre à profit son français, ou à Toronto où il avait des contacts, Robbie s’est plutôt retrouvé dans un wagon de colons en direction de Calgary. « ...On ne m’a pas dit que je me dirigeais vers Calgary avant que je ne sois à bord du train », explique Robbie. Faisant de son mieux considérant la situation, Robbie a rapidement été envoûté par le paysage canadien qui défilait devant lui. Il dit qu’« on pouvait voir à l’infini ». Il ne pouvait pas s’empêcher de penser à tous ceux qui ne faisaient pas partie de ce voyage. « J’ai réalisé que dans ce vaste pays, tant de gens auraient pu être sauvés. Tant d’espace, mais pas de place pour les réfugiés juifs du temps de la guerre. »

Pauline DubueDe l’aide en chemin. Pour Pauline Dubue, une épouse de guerre anglaise qui est arrivée à Halifax en 1946 afin de venir rejoindre son mari, traverser un océan et monter à bord d’un train avec deux fillettes a demandé une grande force de caractère, La jeune mère n’a pas refusé l’aide qu’on a bien voulu lui offrir : « Lors de notre arrivée... deux soldats sont montés sur la passerelle pour m’aider à transporter mes enfants ». Les soldats ont rassemblé Pauline et ses bébés à bord d’une voiture de colons et des voyageurs lui ont indiqué où se trouvait la machine à eau afin qu’elle puisse préparer des bouteilles de lait chaud pour ses fillettes. Pendent cette première nuit, la machine à eau a mystérieusement disparu et Pauline a « dû marcher jusqu’à la cuisine du train pour timidement demander si elle pouvait préparer les bouteilles de ses fillettes ». Elle se souvient aussi qu’elle a dû « endurer des sifflements de la part des cuisiniers! » Lorsque Pauline est arrivée à Ottawa, des membres de la Croix-Rouge sont rapidement venus la guider et elle a été accueillie par une « foule de personnes qui étaient sur le quai de gare et qui applaudissaient ». Pauline avait du mal à croire que son voyage était terminé et elle se souvient qu’elle était « dépassée, tant physiquement qu’émotionnellement ».

Feike Prins« Il n’avait aucun moyen de communiquer avec la famille. » Feike Prins a quitté les Pays-Bas pour immigrer au Canada en 1950. Il se souvient avec appréhension non pas de son propre voyage, mais de la mésaventure qu’a vécue un autre passager lorsque deux wagons se sont décrochés, séparant un homme de sa femme et de ses dix enfants. Cet homme, dont le nom échappe aujourd’hui à Feike, était dans un autre wagon et jouait aux cartes avec lui et d’autres passagers. Lorsqu’il a essayé de s’en retourner, la voiture était partie avec sa famille. Elle s’était déconnectée afin de poursuivre sa route vers l’Alberta sur un autre circuit. Feike explique « qu’il n’avait aucun moyen de communiquer avec sa famille et qu’il ne portait que son caleçon long ». « Nous lui avons tous donné des vêtements et de l’argent afin qu’il puisse débarquer du train à Montréal pour ensuite remonter à bord afin d’aller rejoindre sa famille. Je me suis toujours demandé ce qui lui était arrivé et comment il s’en était sorti. »

William Kreeft« J’ai coloré tout le train en noir. » En 1952, à trois ans, William Kreeft a quitté les Pays-Bas avec sa famille pour émigrer en direction d’Halifax. Il s’est ensuite dirigé vers l’Alberta à bord d’un wagon de colons. Bien que William n’était qu’un poupon, il a grandement été marqué par ses souvenirs du voyage inconfortable en train. Le petit William se souvient d’avoir été inconfortable, effrayé et sale pendant son séjour à bord du train. « Lorsque je suis arrivé en première année, on nous a demandé de dessiner un train. J’ai fait le dessin et j’ai coloré tout le train en noir. » L’enseignante de William l’a puni pour mauvais comportement « et pour ne pas avoir une vision réaliste des trains ». Il a cependant été pardonné après que sa mère ait « expliqué à [l’enseignante] ce qu’il avait vécu par rapport aux trains ».

James S. LonieAider ceux qui en ont besoin. Selon l’immigrant écossais James Lonie, les aménagements du wagon de colons étaient « en décrépitude » et il était inquiet pour les autres passagers. Il se souvient « qu’un jeune couple français avec un bébé ... avait passé une miche française et une saucisse de leur village en contrebande, ainsi qu’un peu de lait en poudre pour le bébé ». « Ça devait les nourrir jusqu’à ce qu’ils arrivent à destination, c’est-à-dire une ferme du Manitoba. » James, ayant un peu plus de chance, avait réussi à s’acheter des billets pour la voiture-restaurant en même temps que ses billets de voyage et utilisait ses aller-retour pour rapporter des vivres. « J’ai réussi à rapporter du pain, des roulés et du vrai lait de la voiture-restaurant afin de donner un coup de pouce. »

Ronnie King - « Le meilleur pays au monde. » L’immigrant néerlandais Ronnie King a émigré des Pays-Bas jusqu’à Halifax en 1955. Il s’est ensuite rendu jusqu’à Calgary à bord d’un wagon de colons. Il se souvient que toute sa famille a été stupéfaite par les paysages canadiens. Ronnie explique que « de temps en temps, le train s’arrêtait quelques minutes au milieu de nulle part » et comme Bob, son grand-frère, devait rapporter un souvenir, il a sauté du train avec quelques autres passagers pour cueillir des quenouilles. C’est alors que le train s’est mis à bouger et que tout le monde a commencé à hurler à l’endroit de ces futurs sans-abri de remonter à bord. Bob a réussi à remonter à bord du train sain et sauf, mais Ronnie se souvient d’avoir « eu peur pour mon grand-frère, de l’avoir perdu à jamais ». Avec le recul, Robbie est reconnaissant envers ses parents d’avoir « été assez prévenants pour déménager dans le pays que le monde viendrait à reconnaître comme le meilleur au monde ».

Le grand nombre de souvenirs, de voix et de perspectives que l’on peut retrouver lorsqu’une expérience est partagée avec nous est ce qui fait des wagons de colons l’un des éléments les plus fascinants de l’histoire de l’immigration canadienne. L’exposition et la pièce Voyage d’une vie seront de passage au Musée du 14 au 25 septembre, aux côtés de l’exposition permanente du Musée. Ce projet spécial du 150e anniversaire du Canada présentera une pièce de 45 minutes qui plongera le public dans encore plus d’histoires d’immigrants courageux qui ont voyagé à bord de wagons de colons vers la promesse d’une vie meilleure. À ne pas manquer pour quiconque désire en apprendre davantage au sujet de ce moment fascinant de l’histoire de l’immigration canadienne.