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À l’âge de 12 ans, Jihee Min a immigré à Montréal, au Québec, avec ses parents et sa jeune sœur. Cherchant à ouvrir le monde à leurs enfants, les Min ont exploré plusieurs possibilités pour leurs deux filles. Une d’entre elles consistait à envoyer les deux fillettes à l’étranger pour qu’elles y fréquentent l’école. Cependant, parce qu’ils ne voulaient pas séparer la famille, ils ont décidé d’immigrer au Canada.

« Ils ont envisagé quelques pays et après une visite au Canada, ils ont adoré voir les maisons sans clôtures, dit Jihee. Le Canada était l’endroit pour une vie calme, la famille, l’éducation et l’avenir. »

Aujourd’hui, Min est une artiste visuelle accomplie et elle est heureuse de s’être installée pour de bon à Toronto. « Je ne sais pas exactement à quel moment je me suis sentie chez moi au Canada… Je crois que c’était en 2003, quand je suis partie en Italie pour participer à un programme d’étude. J’ai vécu en Italie pendant un an. Je m’ennuyais alors du Canada, je voulais retourner chez moi et c’est peut-être alors que j’ai réalisé que chez moi, c’était au Canada. » dit Madame Min.

Pour plusieurs nouveaux arrivants, le sentiment d’appartenance peut prendre diverses formes. À leur arrivée en 1992, garder contact avec la famille et les amis en Corée était un défi. À cette époque, la technologie n’était pas aussi répandue et parce que Facebook et le courriel étaient plus rares, il fallait écrire à la main et faire des appels outremer. À certains moments, Jihee trouvait que cette réalité l’isolait. Non seulement elle ne pouvait pas communiquer avec sa famille et ses amis restés en Corée aussi souvent qu’elle le souhaitait, mais la barrière linguistique compliquait la communication avec ses nouveaux pairs.

« J’étais un garçon manqué, une chef de file à l’école, très active et extrovertie. La petite Jihee, en Corée, vivait une vie heureuse et sans souci, et comptait beaucoup d’amis. J’aimais bien ma vie, c’était celle que tous les enfants devraient avoir, réfléchit-elle. Parce que j’étais si avenante dans mon pays natal et que j’avais autant d’amis, le traumatisme de la barrière linguistique a complètement transformé mes sensibilités. C’est alors que j’ai commencé à apprécier l’art, parce qu’à travers l’art, j’étais en mesure de m’exprimer et de me faire connaître à l’école comme la fille-bonne-dans-les-arts plutôt que l’immigrante ou la Chinoise (même si je suis Coréenne). »

Façonnée par ses expériences, la jeune artiste visuelle crée dans l’espoir de communiquer avec son entourage. Elle emploie des stratégies narratives et des expériences autobiographiques afin d’explorer la notion d’identité et de déplacement culturel. Jihee crée des œuvres dans plusieurs médias variés, comme la sculpture, les installations, les spectacles sur scène, la vidéo, la photographie, le dessin et bien d’autres.

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Confrontée à l’adolescence avec de nouveaux pairs, en s’adaptant à une nouvelle culture et à une nouvelle langue, Jihee a trouvé la vie à Montréal difficile. Par conséquent, son art a tendance à ramener le public à son enfance et à ses propres souvenirs culturels.

I Scream Minjihee, un spectacle sur scène présenté dans le cadre de l’exposition itinérante du Musée canadien de l’immigration du Quai 21 intitulée, Canada : Jour 1 est un exemple parfait de la manière dont son art est façonné par l’expérience. Ce spectacle montre Jihee marchant au centre-ville de Montréal en tirant une voiturette de crème glacée et en hurlant « I scream Minjihee » (je hurle Minjihee). La voiturette qu’elle tire contient des centaines de barres de crème glacée sur lesquelles son nom est saupoudré en coréen avec de la poudre de cacao. Elle démontre ainsi son premier changement culturel. Au Canada, elle est connue sous le nom Jihee Min alors qu’en Corée, elle s’appelle Min Jihee.

« Changer l’ordre de son nom, en mettant le prénom devant le nom, représente le premier choc quand on devient résidente canadienne, explique-t-elle. J’ai toujours voulu prendre contact avec mon public, par conséquent, dans ce spectacle, mon désir de m’assimiler provoque le geste de partager les barres de crème glacée sur la rue avec les passants. »

En dépit des défis qu’elle a dû relever en grandissant dans un nouveau pays, Jihee a adopté son nouveau chez-soi. « Devenir Canadienne a été une grande influence dans ce que je suis maintenant. Le processus d’intégration et d’assimilation à la culture dominante m’a poussée à m’exprimer par l’art. Je suis honorée de faire partie de l’exposition itinérante Canada : Jour 1, dit Jihee Min. Le volet arts visuels du spectacle ajoute une couche supplémentaire à l’histoire des immigrants. J’espère que mon histoire saura inspirer plusieurs Canadiens et Canadiennes à adopter toutes les cultures et permettra une meilleure compréhension de la véritable nature du Canada. »